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Le Droit à la paresse

"Le réveil sonne : première humiliation de la journée".
Notre humanité, faute de trouver ses moyens de subsistance dans la nature, doit produire ces moyens. Du publicitaire à l’éboueur, les travailleurs portent l’humanité. La paresse est donc définie comme un vice : elle ne mérite aucune louange. Comment oser revendiquer ce vice comme un droit ?

La paresse, un droit ? De quel droit ? Le droit du fainéant, du parasite ? Revendiquer la paresse comme un droit, c’est s’acoquiner publiquement avec la mère de tous les vices : c’est plus que courageux, c’est héroïque ! Notre morale montre du doigt la cigale fort dépourvue pour avoir chanté, pas le bourreau de travail qui se tue à la tâche. Lequel des deux a perdu son temps ? Sa vie ?

Revendiquons le droit de vivre, le droit d’avoir une dolce vita, douce et belle comme une vie de vacancier, abolissons le travail forcé ! Notre société condamne les “je m’en foutistes” paressant quand d’autres travaillent à leur place - mais pas tous : on admire ceux qui se prélassent dans des hôtels de luxe et qui vivent du travail des autres (suffit d’avoir un paquet d’actions), le rentier jouit de plus de considération que le RMIste, parce que le premier devoir est... de consommer.

Alors ne faisons rien ! Ce qui légitime le droit à la paresse, c’est ce qui fait le travail insensé : pourquoi travailler si nos efforts sont vains ? Ils sont vains quand leur produit ne nous appartient pas, quand nous nous y perdons, quand travailler n’est qu’un moyen de ne pas périr, ou seulement d’exister au sens du publicitaire cherchant à nous convaincre que notre consommation constitue notre identité.

Nul ne devrait jamais travailler : travailleurs de tous les pays, reposez vous ! (1)

Dites non. Écoutez votre envie de bouquiner plutôt que de trimer. Accordez vous un moment de liberté, ce sera pour paresser. Oubliez le travail qui engloutit toute volonté. Notre pain quotidien nous coûte notre quotidien. Quel intérêt ? Peiner pour vivre, comme si c’était intéressant : “il faut bosser”, nous répète-t-on, parce que le travail a une valeur, comme la vie, qui est activité, et l’on scande le terrible Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front : commandement divin... Mais ce n’est pas un commandement, c’est un châtiment ! Comment prétendre en faire une valeur positive ? Sueur et peine ne valent rien : notre but est une vie bonne, pas héroïque ni sacrifiée. Plutôt que de considérer nos tâches comme des punitions rédemptrices nécessaires à notre salut, tentons de bien vivre !

Suffit de réfléchir, il y a sûrement des moyens de se passer du travail. Le paresseux se reconnaît à son génie d’éviter les tâches. Depuis les premiers moulins nous devrions penser à d’autres choses qu’à nous faire suer : des machines produisent plus que des esclaves, inutile de les concurrencer. Voilà qui devrait nous laisser le temps de ne plus produire ! Ou moins... Et pourtant non : suivez l’argument qui suit, il est de Comte-Sponville et fait froid dans le dos. La réduction du temps de travail, incontestable, est liée à l’entrée massive des femmes dans le salariat. Un ouvrier ou un employé au début du siècle pouvait travailler 50 heures par semaine. Mais sa femme restait le plus souvent à la maison. Aujourd’hui, il ne fait plus que 35 heures. Mais généralement, sa femme travaille aussi pour subvenir aux besoins de sa famille. Temps de travail salarié du couple : 70 heures. Ce n’est pas 15 heures de moins, c’est 20 heures de plus ! Encore un effort camarades !

Effort méritoire pour quitter sa propre existence : ceux qui travaillent énormément sont paresseux pour certains aspects de leur vie effacée par l’ouvrage : vie affective, sociale, sexuelle, psychique, culturelle, spirituelle... On pensera à tout cela en vacances ! Vacances : moment d’existence rare, temps pour paresser. Scandale pour un vrai paresseux. Le droit de paresser n’est pas le droit de se reposer après avoir travaillé, mais le droit de ne plus se fatiguer : nuance ! Bosser comme un malade pour aller au Club Med, où l’on ne fait rien ? Absurde ! On ne devrait jamais revenir de vacances. On en revient parce que le travail nous les fait rater. Il est absurde de trimer comme une bête pour jouir ensuite du droit (enfin légitime) de s’étaler sur une plage dans un confortable ennui.

François Housset

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Deux Bibles :

  • Paul LAFARGUE, Éloge de la paresse.
  • (1) Bob Black, L'abolition du travail.













Ils ont dit...

“L’oisiveté est la mère de la philosophie.”
Thomas HOBBES, Léviathan (1651).

“Jéhovah... donna à ses adorateurs le suprême exemple de la paresse idéale ; après six jours de travail, il se reposa pour l’éternité.”
Paul LAFARGUE, Le droit à la paresse (1883).

“Dans la lignée du turbulent gendre de Marx, Paul Lafargue, je soutiens le droit à la paresse. Certains gauchistes jappent en faveur du plein-emploi. J'aspire au plein-chômage, comme les surréalistes - sauf que je ne plaisante pas, moi. Les sectes trotskistes militent au nom d'une révolution permanente. Ma cause est celle de la fête permanente.”
Bob BLACK, L'abolition du travail.

“Il faut en France beaucoup de fermeté et une grande étendue d’esprit pour se passer des charges et des emplois, et consentir ainsi à demeurer chez soi et à ne rien faire.”
LA BRUYERE, Les Caractères (1688).

“La société populaire de Mayenne demande que les célibataires, les prêtres et tous les individus dont l’oisiveté atteste les sentiments antirépublicains soient exclus de toute fonction publique.”
Procès-verbal de la Convention nationale, 15 floréal, an II ; cité dans Jean Borie, Le Célibataire français (1976).

“Sisyphe aussi existe dans la vie, sous nos yeux, s’acharnant à briguer devant le peuple les faisceaux et les haches et se retirant toujours vaincu et triste. Car rechercher le pouvoir qui n’est que vanité et que l’on n’obtient point, et dans cette poursuite s’atteler à un dur travail incessant, c’est bien pousser avec effort au flanc d’une montagne le rocher qu’à peine hissé au sommet retombe et va rouler en bas de la plaine.”
LUCRECE, De natura rerum.

“Le travail y’en a pas beaucoup, faut le laisser à ceux qu’aiment ça.”
COLUCHE, Sois fainéant.

" ... Cette fois-ci, pourtant, je viens en tant que Dionysos victorieux, qui va mettre le monde en vacances ... Mais je n'ai pas beaucoup de temps."
F. NIETZSCHE (dans sa dernière lettre folle à Cosima Wagner)

“C’est pour parvenir au repos que chacun travaille ; c’est encore la paresse qui nous rend laborieux.”
ROUSSEAU, Essai sur l’origine des langues.

“La majorité des salariés ne veulent pas travailler. Il ont raison. Aristote le disait déjà : “Le travail tend au repos, et non le repos au travail.” Il n’y a que les patrons qui croient qu’on se repose la nuit pour pouvoir travailler toute la journée, qu’on se repose le week-end pour pouvoir travailler toute la semaine, qu’on se repose durant les vacances pour pouvoir travailler toute l’année... Et qu’on se repose pendant la retraite pour pouvoir travailler... toute la mort ? Leur modèle atteint ici sa limite ! La vérité, que sentent d’instinct la plupart des salariés, surtout les plus jeunes, est à l’inverse : on travaille toute la journée pour pouvoir avoir un toit où dormir, on travaille toute la semaine pour profiter de ses week-ends, on travaille toute l’année pour pouvoir se payer des vacances, on travaille toute la vie pour pouvoir profiter de la retraite... Le travail tend au loisir, et non pas le loisir au travail.”
André COMTE-SPONVILLE, Génération 3 n°35 Avril 2005.

“Un paresseux est un homme qui ne fait pas semblant de travailler.”
Alphonse ALLAIS, Œuvres anthumes.

“Ah ! me répandre par terre comme une bouse et ne plus bouger !”
Samuel BECKETT, Tous ceux qui tombent (1957).

“J’aime recevoir des lettres anonymes parce que je n’ai pas à répondre.”
Jean DUTOURD dans Télé 7 jours, 1982.

“Vous n’avez pas besoin d’essuyer votre couteau pour couper le pain de la table, parce qu’après avoir coupé une ou deux tranches il se trouvera essuyé de lui-même.”
Jonathan SWIFT, Instructions aux domestiques.

“La paresse est le refus de faire non seulement ce qui vous ennuie, mais encore cette multitude d’actes -tissu de la vie, qui sans être à proprement parler ennuyeux, sont tous inutiles ; alors la paresse doit être tenue pour une des manifestations les plus sûres de l’intelligence.”
Henry de MONTHERLANT, Carnets.

“Paresse : habitude de se reposer avant la fatigue.”
Jules RENARD, Journal.

“Si tu veux avoir peu de temps, ne fais rien.”
Anton TCHEKOV, Carnet de Notes.

" Paresseux en toutes choses, hormis en aimant et en buvant, hormis en paressant." LESSING.

“Aussi, je vous le dis : Ne vous inquiétez pas de la vie ou de trouver de quoi manger, ni du corps et de ses habits. La vie n’est-elle pas plus qu’une affaire de nourriture, et le corps qu’une question de vêtements ? Observez les oiseaux dans le ciel : ils ignorent les semailles et les moissons, ils ne songent pas à faire des réserves de nourriture, et pourtant votre Père dans les cieux veille à les nourrir. Ne valez-vous pas mieux ?”
Évangile selon saint Matthieu, 6, 25-26.

“La propension des Bachkirs pour la paresse [les Bachkirs sont des pasteurs semi-nomades du versant asiatique de l'Oural] ; les loisirs de la vie nomade, les habitudes de méditation qu'elles font naître chez les individus les mieux doués communiquent souvent à ceux-ci une distinction de manières, une finesse d'intelligence et de jugement qui se remarquent rarement au même niveau social dans une civilisation plus développée... Ce qui leur répugne le plus, ce sont les travaux agricoles ; ils font tout plutôt que d'accepter le métier d'agriculteur” L'agriculture est, en effet, la première manifestation du travail servile dans l'humanité. Selon la tradition biblique, le premier criminel, Caïn, est un agriculteur.
Paul LAFARGUE, Éloge de la paresse, citant M. F. Le Play, Les Ouvriers européens (1885).













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Commentaires

Tout le monde ou presque souhaiterait ne plus travailler. Si tu ne travailles pas tu ne gagnes pas d'argent, si tu n'as pas d'argent tu crèves.
Cela est bien connu petit rigolo de kermesse.

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