PhiloVIVE ! La philosophie orale et vivante

 

La vie vaut-elle la peine d’etre vecue ?

On naît dans la douleur, on vit une enfance parquée, l’adolescence est une crise, l’adulte travaille pour vivre, la vieillesse est une dégénérescence, et il faut de surcroît se taper des maladies, des accidents et drames divers -sans compter le pire des maux : l’homme lui-même, cruel, se dévalorisant, se faisant la guerre... tout cela en vaut-il bien la peine ?

Sisyphe, vous connaissez ? Un pauvre type, condamné à pousser un rocher en haut d’une montagne. Il n’en a jamais fini : à peine arrivé au sommet, le rocher dévale la pente. Sisyphe redescend, et recommence encore et toujours à pousser son rocher. C’est absurde. Camus se sert de cette image tragique pour illustrer l’effort vain : Sisyphe est tout à fait lucide, il a conscience de l’absurdité de son acte, il n’espère même pas qu’il en finira un jour, mais il continue vaille que vaille à accomplir sa corvée comme pour vaincre son destin, être plus fort que son rocher. Le mythe est beau, et rappelle quelque chose à chacun : qui ne porte son fardeau, en haut de quelque montagne, vainement ?

Avoir affaire au sens de la vie même -ou plutôt à son non-sens, c’est enfin penser aux choses sérieuses : comme le dit Camus, “il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide.” Un débat sur ce sujet peut s’achever en suicide collectif, mais nous ne risquons pas de parler chiffons. S’il est un sujet existentiel, c’est bien celui-là : à quoi bon mener sa vie ? Il n’y a pas de raison pour que j’existe, pour que quelque chose existe plutôt que rien. Ce constat laisse perplexe : on est habitué à ce que les systèmes philosophiques justifient notre existence. Mais dès l’abord les voici rejetés en bloc : aucune nécessité ne répond de mon existence. Je n’ai aucune raison de la porter.

Nous éprouvons l’absurdité de l’existence si nous adoptons la lucidité de Sisyphe en regardant le monde : nous n’y trouvons pas notre place. Normal : il n’est pas fait pour nous. Il est le résultat de processus où nous n’avons rien à faire. Le monde ne nous est pas donné pour que nous y fassions quelque chose, il est tout simplement absurde. Pourrait-on affirmer que la vie n’a de sens que celui que nous inventons, ce qui ferait de nous des Hommes libres, portant le monde, donnant sens au monde ? Serions-nous tous des titans affrontant l’absurdité du monde comme Sisyphe, et portant nos inutiles existences dans un effort tout aussi héroïque que vain ? Même pas : n’est pas héros qui veut. Sisyphe fait preuve d’un courage qui nous manque. Il pousse constamment son rocher, tandis que notre société nous propose de la légèreté, des loisirs -des passe-temps. Face à l’absurdité de l’existence, deux solutions s’ébauchent dès l’abord : se suicider ou se réfugier dans l’inconscience. Ceux qui restent vivants ont choisi la seconde solution.





Eh quoi ! Ne sommes-nous pas de bons civilisés méritant une vie confortable ? Et qu’y-a-t-il de plus inconfortable que la conscience de l’absurde ? La conscience même est nuisible, elle empêche de vivre sans soucis dans l’innocence ! À quoi servirait d’être pleinement et constamment conscient ? Que vaut la raison, inefficace quand la vie même n’a pas de sens ? C’est lourdingue de toujours chercher à avoir raison quand le monde ne répond pas à nos appels : face à son silence, nous aspirons au répit. Plutôt se bercer d’illusions nécessaires ou de certitudes illusoires, donnant de l’élan, que de s’alourdir de ce poids-lourd.

La tentation est grande et le raisonnement commode : puisque la conscience rend le monde insupportable, il paraît urgent de s’en débarrasser. De toute façon la lucidité ne sert à rien, la conscience est incompétente. Si tout est déterminé dans ce monde, nous n’en sommes qu’un rouage incapable de s’en faire une représentation cohérente. On ne s’assoit pas devant le monde pour se demander ce qu’on va en faire : on en fait partie, on en dépend comme toutes ses autres parties.

Nous voilà ramenés au rang de toute chose, existant sans raison qui lui soit propre. Autant ne pas s’accrocher à la raison. Quelques fous prétendent se faire les maîtres et possesseurs du monde. Mais le monde nous mène plus que nous le menons, sans que cela ait de sens, ni pour nous, ni pour lui. Notre élan vital lui-même nous a été donné sans que nous y soyons pour rien, comme à tout être vivant : pour reprendre le mot de Camus, “nous prenons l’habitude de vivre avant même de prendre celle de penser.” Envisager la vie avec distance est dès lors impossible : je ne suis pas la vie, ni même celui qui la pense. Je suis contenu dans la vie, modelé par elle, jusqu’aux enchevêtrements de ma pensée; je n’en suis qu’un épiphénomène. Si la vie a un sens, il n’appartient pas à l’Homme.

Les condamnés, ces chanceux, devraient se réjouir de quitter bientôt ce monde insensé. Ceux-là mêmes qui jusqu’alors ne faisaient que supporter leurs existences s’accrochent pourtant à la vie, lui trouvent un sens ! La guérison inespérée du cancéreux semble désinhiber son envie de vivre. Voila soudain sa vie pimentée ! Il s’investit joyeusement, il y croit. Et exulte : “je n’ai aucune raison de vivre, mais j’ai raison de vivre”. Bizarre, non ? Faut-il souffrir, frôler la mort, ou passer par “une bonne dépression” pour enfin croquer la vie à pleines dents ? Aurions nous besoin d’accidents pour nous conduire nous-mêmes avec vigilance ? Si c’est le cas, bien sympathiques ceux qui nous souhaitent encore “une bonne guerre”, un coup du sort duquel on ne se relève (si on s’en relève) que déterminé à saisir âprement les moindres saveurs qui rendent la vie “vivable” !

Longtemps “ceux qui en sont revenus” gardent un éclair dans les yeux, l’enthousiasme des désespérés auxquels l’espoir aurait été rendu comme en cadeau. D’abord ils se satisfont plus facilement du peu de valeur des choses, encore heureux de pouvoir les savourer. Puis, hélas, leur élan retombe peu à peu faute d’être constamment stimulé, et se dilue dans le temps. Bientôt ils se remettent à considérer le monde comme s’il n’était pas le leur. Plus dure sera la chute...

Trois attitudes s’ensuivent donc pour ceux qui prennent conscience de l’absurdité de la vie : la déception, l’entrain du menacé profitant de ce qui lui reste à vivre, puis enfin la “fatale retombée” dans le vide et le vain. Serions-nous condamnés à croire, à suivre quelque sens illusoire, puis à baisser les bras, puis à les retendre, irrésolus et inconstants, comme des girouettes malmenées par les vents ? Pourquoi s’acharner ? Nous sommes manifestement incapables de nager à contre-courant.

Le plus endormi des vivants s’éveille soudain s’il tombe dans un gouffre : il voit sa propre fin se précipiter vers lui. Alors il ne s’ennuie plus, ne se demande plus misérablement “quoi faire et au nom de quoi”, mais rassemble ses forces : voilà qu’il veut vivre. Il ne veut pas s’écraser comme une simple masse. Il fait donc tout pour ne pas s’aplatir : arrivé au fond du gouffre, au lieu de s’y étaler lamentablement, il se tend de toutes ses forces, et rebondit, remonte à une hauteur appréciable, souffle un peu, apprécie la hauteur atteinte, s’y complaît... Là s’arrête l’ascension : il faut bien souffler, lâcher la pression -je n’ose dire déprimer. Alors notre rescapé reste en suspend, voire plane un peu... et bientôt retombe, prisonnier de l’attraction des masses. À moins de s’accrocher, pour encore s’efforcer de grimper la falaise de l’existence, si lourd que soit le rocher à transporter, plutôt qu’encore une fois se sentir aspiré par le vide. Au meilleur des cas, le survivant moderne est un Sisyphe gravissant incessamment une montagne sans sommet ! Qu’il faut de courage pour vivre sans jamais se laisser vivre !

C’est révoltant ? Tant mieux : là est le salut. Voyez Camus : dès dix-sept ans, ce pauvre type avait la tuberculose. On n’en guérissait guère à l’époque. Le voilà condamné, sans avoir rien fait de sa vie. Et rien à en faire : ne croyant ni en Dieu ni en aucun système philosophique justifiant son existence, il ressentait déjà le sentiment de l’absurdité de sa vie. Sa chance fut la guerre. Eh oui : en devenant résistant, il donna à sa vie une orientation qui lui permit de surmonter ce malaise (sans jamais cesser de l’éprouver). Je crois que l’exécution de Gabriel Péri le stimula, provoqua son engagement : Camus ne voyait aucune raison de vivre, mais n’accepta pas que cet homme digne de vivre ait été effacé. Le sentiment de l’injustice réveilla son énergie vitale : en s’engageant à risquer sa vie pour la liberté, il lui donna un sens, la justifia, et ainsi trouva même la joie d’exister. Comme quoi on a raison de se révolter, et même on en a besoin : c’est donner à la vie un sens que la mort ne puisse lui ravir. La révolte justifie l’existence. Et, ça tombe bien, rien n’est plus intolérable que l’absurde !

François Housset
www.philovive.fr


Citations

“Vivre sous ce ciel étouffant commande qu’on en sorte ou qu’on y reste. Il s’agit de savoir comment on en sort dans le premier cas, et pourquoi on y reste dans le second. Je définis ainsi le problème du suicide et l’intérêt qu’on peut porter aux conclusions de la philosophie existentielle.”
“Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie.”
“Mon raisonnement veut être fidèle à l’évidence qui l’a éveillé. Cette évidence, c’est l’absurde. C’est ce divorce entre l’esprit qui désire et le monde qui déçoit.”
“Le bonheur et l’absurde sont deux fils de la même terre”.
“Il n’y a pas de soleil sans ombre, et il faut connaître la nuit.”
“La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.”
CAMUS. Le mythe de Sisyphe

“Je me révolte, donc nous sommes.”
CAMUS. L'Homme révolté

“Si je n’essayais pas de reprendre mon existence à mon compte, ça me semblerait tellement absurde d’exister.”
SARTRE, Les Chemins de la liberté. I. L’âge de raison. Chap. 1

“Vivre, ce n’est pas respirer, c’est agir; c’est faire usage de nos organes, de nos sens, de nos facultés, de toutes les parties de nous-mêmes, qui nous donnent le sentiment de notre existence. L’homme qui a le plus vécu n’est pas celui qui a compté le plus d’années, mais celui qui a le plus senti la vie.”
ROUSSEAU Emile, livre I.

“Notre art est de savoir faire de notre maladie un charme.”
RENAN

“il n’y a pas de bonheur intelligent.”
Jean ROSTAND, Pensée d’un biologiste.

“L’utilité de la vie, le but suprême en vue duquel nous sommes de ce monde, je ne puis le comprendre. Mais accomplir sa volonté telle qu’elle est écrite dans mon cœur, cela est dans ma puissance et je sais que je le dois.”
TOLSTOÏ, Résurrection.

“L’oubli, condition d’existence.”
GUSDORF, Mémoire et personne.

“Les paradis sont tous artificiels”
ARAGON

“Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont.”
La vie est la condition de la connaissance. L’erreur est la condition de la vie.”
NIETZSCHE. La volonté de puissance. II




Bouquins

  • ARISTOTE : Éthique à Nicomaque, X, 7 : L’homme libre ne veut pas simplement vivre, mais vivre bien. C’est donc le sujet du verbe “vivre” qui en précise le sens.
  • KANT : Fondements de la métaphysique des mœurs (Gallimard, Pléiade t. 3, p.285) : le suicide n’est pas naturel, on ne peut que vouloir contribuer au bien de l’humanité !
  • NABERT : Essai sur le mal : l’existence est injustifiée, ce qui est injustifiable (et pas seulement inexplicable). Nous sommes, mais nous ne devrions pas être !
  • CAMUS : L’homme révolté. Se révolte contre l’absurdité (raison suffisante pour qu’il choisisse d’y mettre de l’ordre). Attitude héroïque.
  • COMTE-SPONVILLE : Traité du désespoir et de la béatitude. Ce titre dit tout : l’important est de désespérer..




Liens internes :

Commentaires

Quelques citations de...

Alexandre Jollien
Le métier d’homme
SEUIL 2002
------------------------------------------------------
17
“Au combat ! Je dois mettre à profit la vie, trouver de la joie, sinon je suis perdu. Mais comment, comment donc ?”

19
“On peut fort bien se résigner pour un doigt coupé, un cheveu sur la langue, des oreilles décollées, même un pied plat... Mais pour certains qui baissant la garde se condamnent à une existence en marge, voire à la mort, il est périlleux de se laisser aller.”
“Tenir debout d’abord, la littérature ensuite !
Pour ma part, la perspective d’aller droit donne des ailes. Sans motivation, il est vrai, le combat parait vain et l’effort dépourvu d’utilité. Qui croise le fer avec les mille épreuves du jour, qui, tout entier, tend sa volonté pour effectuer le geste quotidien le plus anodin, peine à entrevoir l’aspect libérateur de la culture.”

20
“L’incompréhension force à tout mettre en œuvre pour échapper à la cruauté absurde du moment et lui opposer une franche résistance.”

24
Cite Boris Cyrulnik :
“Les enfants, les femmes, les étrangers, les Noirs, tous ceux qui ont eu à souffrir des autres deviennent souvent de meilleurs observateurs que ceux dont la personnalité se développe sans cet effort d’attention.”
Boris Cyrulnik, Les nourritures affectives, Odile Jacob, 2000
Cité Par Michel Onfray, Le Désir d’être un volcan, Grasset 1996,
ainsi que Alexandre Jollien, Le métier d’homme, Seuil 2002, p. 23.

“...J’ai donc commencé à transformer la précarité omniprésente de mon état en une source, un aiguillon. La faiblesse, cette fidèle compagne, prenait une dimension nouvelle. En somme, je tentais de l’assumer : le monde porterait la marque de ma fragilité, tout me le signalait. Mais une fois ce curieux constat établi, sa conquête hasardeuse pouvait commencer... dans la liberté et la joie.
Celui qui dès sa naissance côtoie la souffrance ou la douleur entame l’existence pourvu d’un réalisme bienfaiteur. En définitive, trop tôt avisé que la vie s’accompagne inexorablement de peines, il sombre moins aisément dans le découragement et, savourant la nécessité du combat, reconnaît et déjoue plus aisément la cruauté de son adversaire."

25
“Le dos au mur, je cherche le moyen de bâtir un état d’esprit capable de me sauver la vie.”

26
“Toute ma vie - je l’ai bien compris - je m’emploierai à construire sur la douleur, sur le vide, sur la menace qui submergent, de la joie.”
“Loin de moi l’envie de tout maîtriser, je me priverais de l’essentiel! Ce désir totalisant relève d’ailleurs de l’utopie, d’un banal réflexe sécuritaire. Ce que je puis, du moins, c’est me préparer. Comment ? Peut-être en observant les être blessés qui partagent mon sort. L’escrimeur qui bondit vers son adversaire en effectuant des entrechats semble incarner la pure grâce, la pure gratuité. Pourtant, que d’heures consacrée à l’entraînement, à l’exercice, et qui font de lui un athlète si adroit ! Sa légèreté, sa liberté naissent d’un travail assidu. Sur le terrain de la vie quotidienne, le même travail et la même préparation sont requis. Baisser les bras, se résigner équivaudrait, pour reprendre un mot de Nietzsche, au sabbat des sabbats, à la mort. L’homme demeure un être inachevé pour qui tout reste à conquérir. Une fois la peur assumée, cette exigence fascine.”

“Devant la grande inconnue de l’avenir, il s’agit de sculpter (comme un sportif sculpte son corps) l’existence pour assumer la totalité de ma condition. Les expériences les plus malheureuses, comme d’ailleurs les instants de jubilation, deviennent, il le faut, une opportunité pour devenir meilleur. Il ne s’agit pas ici de justifier la douleur ni les moments creux qui torturent et souvent isolent. Je suggère seulement de les mettre à profit pour qu’ils ne prennent pas le dessus. La tâche est rude, l’exercice périlleux, mais vital. Que d’obstacles l’escrimeur affronte-t-il dans la pratique de son art !”

28
“Celui qui me meurtrit croit, honnêtement peut-être, améliorer son sort. Même s’il emprunte une autre voie, condamnable parfois, il papotage avec moi la même aspiration, celle du bonheur.”

“Souvent ce combat joyeux, voleur de temps et d’énergie, semble trop ardu, trop exigeant. Devant un si grand labeur, où trouver forces et ressources, sur quoi fonder la volonté de résister ? La question contient, déjà, une amorce de réponse. Il s’agit bien de la volonté que l’on entretient comme une flamme. Par une bien curieuse dialectique, le manque peut ainsi devenir une source, un élan vers plus de bonheur. Me sachant démuni, je vais tout mettre en œuvre pour m’en sortir. La blessure appelle donc son joyeux contraire.
L’art de tenir debout, de maintenir le cap suppose précisément u horizon plus heureux vers lequel se diriger. Ce qui mine cette progression, ce n’est pas la souffrance, ni l’échec, mais le désespoir. Cesser d’espérer, c’est s’avouer vaincu sans même relever le défi, c’est rendre vain chacun de nos efforts. La formation de la personnalité exige, comme singulier point de départ, un dépouillement radical : se (re) connaître vulnérable, perfectible, prendre conscience d’évoluer en terres incertaines, essayer de savoir pourquoi l’on combat... joyeusement.”

32>35
“Quand mon voisin disparaît sous l’étiquette de dépressif, quand autrui n’apparaît plus que comme le diabétique, le veuf ou le Noir, la réduction à l’œuvre dans maints regards pèse, meurtrit la personnalité et ouvre des plaies secrètes.
(...)
Or la fixité même du jugement réduit la richesse du réel, de l’être humain devant lequel on devrait au moins s’étonner, à défaut d’oser s’émerveiller.
(...)
Derrière les mots se cache un être, une personnalité riche, unique, irréductible que le poids des préjugés finit par recouvrir d’une couche fièrement catégorique. Ce vernis exclut une approche simple et innocente. La chaise roulante, la canne blanche, voilà ce qui saute aux yeux. Mais qui, avec virtuose, utilise le fauteuil roulant, qui manipule la canne ? Le voit-on , veut-on le voir ?”
(...)
Un sourd me dit un jours qu’il était fier d’être sourd. Pour ma part, je ne me suis jamais senti fier ni de mes spasmes, ni de mon handicap. Une seule fierté m’habite : être un homme avec des droits et des devoirs égaux, partager la même condition, ses souffrances, ses joies, son exigence. Cette fierté nous rassemble tous, le sourd comme le boiteux, l(Éthiopien comme le bec-de-lièvre, le juif comme le cul-de-jatte, l’aveugle comme le trisomique, le musulman comme le SDF, cous comme moi. Nous sommes des Hommes !”


36
"Chaque homme est, à sa mesure, un cas, une délicieuse exception. Et une observation fascinée, puis critique, transforme souvent l'être anormal en maître ès humanité."

39
"Parler de la souffrance, pire, la vivre dans sa chair est une épreuve redoutable que le métier d'homme interdit d'éluder. Une personnalité ne trouve précisément sa quintessence que dans la virtuosité qu'elle déploie pour surmonter le mal.
Pour garder sauf l'entrain qui nous anime, il convient de tirer du quotidien et des mauvais jours quelque fécond outil adapté à l'échec. cette quête fait de l'homme un apprenti emprunté, placé devant une vertigineuse et obscure obligation : faire de sa vie une œuvre, forger une personnalité digne d'assumer pleinement la totalité de l'existence."

40
Cite Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien, Gallimard, 1974 :
"Quand on aura allégé le plus possible les servitudes inutiles, évité les malheurs non nécessaires, il restera toujours, pour tenir en haleine les vertus héroïques de l'homme, la longue série des maux véritables, la mort, la vieillesse, les maladies non guérissables, l'amour non partagé, l'amitié rejetée ou trahie, la médiocrité d'une vie moins vaste que nos projets et plus terne que nos songes."
Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien, Gallimard, 1974

41
"Aucun de nos maux n'a d'excuse. Et quand bien même en aurait-il, nous en porterions-nous réellement mieux ? Connaître l'éventuelle utilité de son mal ne soulage guère le malade.(...) Même théoriquement élucidé, le problème du mal resterait un problème existentiel."

43
Une fois né, l'homme est promis au pire. Vais-je en rester là ? Certes non ! Ce constat sombre mais avisé ne peut qu'être propédeutique : je dois en assumer le poids ahurissant, puis tenter de le dépasser.
Pour qui se risque à renoncer aux illusions, la précarité même de la vie "risque" de devenir alors une source. Sachant désormais à quoi m'en tenir, me voici obligé d'engager le combat. À nouveau, les plus faibles prennent valeur d'exemple. Chez eux, la vulnérabilité crève les yeux, et ils ne la cachent pas, conscients que la vie s'accompagne irrémédiablement d'un lot déconcertant de souffrances. S'adaptant sous la contrainte, ils mettent tut en œuvre pour percevoir et construire quelque beauté. Il n'y a rien à perdre puisque tout est déjà perdu d'avance ! Tout ce que je construis, je l'arrache, pour un temps, à l'emprise de la souffrance ; toute la joie que je donne, je l'oppose à la tristesse, à la solitude. Rien n'est grave, puisque tout est grave. Chaque minute portant l'empreinte secrète du tragique, de la mort toute proche, il conviendra de l'habiter, d'y placer force et joie. Loin de terrasser, ce constat convive à une légèreté. Aucune naïveté, nulle insouciance dans cet état d'esprit pétri de profondeur."

45
"Socrate disait que "nul n'est méchant volontairement". Oui, derrière la méchanceté - si l'on creuse - se trouve presque toujours une plaie ouverte, la frustration de l'échec. Les bouddhistes ont illustré magnifiquement cette douloureuse dialectique ainsi : lorsqu'un homme te bat avec un bâton, tu n'en veux point au bâton. Il t'a frappé, certes, mais ce n'est pas lui le responsable. Réfléchis ! L'homme qui t'agresse, pas plus que le bâton, ne mérite ta colère, ta haine. La blessure, voilà la vraie coupable, celle qui instrumentalise l'homme aussi bien que le bâton. Le message de cette fable s'applique à merveille à la souffrance et constitue une nouvelle invite à la tolérance."

46
"On ne perçoit que des bribes de l'angoisse subie par l'autre, de la douleur d'un malade, on ne pressent que la présence. Si la joie, le bonheur, se partagent aisément, la souffrance répugne, elle fait honte et isole. S'y greffe dès lors une autre torture: être jugé, incompris, porter seul un poids trop lourd quand plus que jamais une écoute amicale allégerait le tourment. Se mettre à a place du souffrant, voilà un exercice ardu. On peut au moins être là, tenter de réconforter, et surtout s'abstenir de juger. Dans la souffrance, une présence, aussi discrète soit-elle, surclasse -et de loin - les discours qui prétendent tout maîtriser. Un regard, un sourire, un mot, voilà ma part d'action. Tâche difficile que celle d'assister impuissant à la ruine d'un être aimé, de tenter de trouver le geste qui réconforte, tandis que le désespoir l'emporte ! Le sourire fragile, la parole indécise, le soutien arrachés au prix de mille efforts paraissent vains, mais s'ils manquent, c'est que manque l'essentiel.

D'une gratuité insignifiante
(ou le profit joyeux avant tout)

Pour vivre, l'homme absorbe de la nourriture, la chose est entendue. Que dire du contact, des liens qui nous lient aux autres ? Dans le malheur, rien de plus précieux que la présence d'un être cher, l'écoute d'un proche. Sans ce soutien, l'homme cesse de croître, il dépérit. Mais le commerce avec autrui - par ailleurs si fécond - peut constituer un cuisant obstacle au progrès. Victime de la moquerie, des jugements, des condamnations, celui qui souffre s'enferme pour éviter toute nouvelle attaque. Ressentiments, amertume, solitude, honte, le tout finit par sécréter une carapace bien solide qui achève d'atrophier la sensibilité. "Protège-toi! Blinde-toi !", voilà le cri du cœur meurtri. Rassuré, me voici bientôt autiste, sous une carapace. Dans ma forteresse vide, imperméable à la tendresse, je demeure insensible à la blessure, à la moquerie. À trop vouloir fuir la méchanceté, la cruauté de certaines rencontres, je me coupe de l'affection, d'un réconfort. En me protégeant à l'excès des regards qui condamnent et humilient, je finis par fermer aussi les yeux qui aiment."

48
"Répétons-le! La souffrance ne grandit pas, c'est ce qu'on en fait qui peut grandir l'individu"
"Alors que la jeune mère oublie allègrement les douleurs de l'enfantement, que le trophée du vainqueur fait disparaître courbatures et égratignures, les souffrances gratuites et stériles ne s'effacent jamais. Elle nous dépossèdent, nous privent peu à peu de la liberté. Ainsi, face au scandale et surtout à l'absurdité de ce qui fait mal, les Anciens convient à tout mettre en œuvre pour rendre fructueux le moment douloureux. Il ne s'agit pas de courir à la recherche du danger, ni de se vautrer dans la souffrance, mais celle-ci s'imposant d'en profiter ! Cioran donne un éclairage : "La souffrance ouvre les yeux, aide à voir les choses qu'on n'aurait pas perçues autrement. Elle n'est donc utile qu'à la connaissance, et, hors de là, ne sert qu'à envenimer l'existence." [Cioran, De l'inconvénient d'être né, Gallimard, 1990]

51
Cite Bergson :
"La joie annonce toujours que la vie a réussi, qu'elle a gagné du terrain, qu'elle a remporté une victoire : toute grande joie a un accent triomphal"
Henri Bergson, L'Énergie spirituelle, Alcan, 1929

53
"Les faibles me montrent que tirer profit de la souffrance, c'est d'abord profiter, jouir de la vie. Célébrer ce qui en fait le prix."

59
"Au fond du lit, des yeux humides fixent le plafond, le visage moite et grossi émerge des draps blancs. Une main raide reste parfaitement immobile pour ne pas entraver l'œuvre dérisoire du goutte-à-goutte. Dans la salle froide, au milieu des malades, je perçois le caractère sacré de l'être humain, du corps qui le constitue. Le corps à l'agonie que la vie déserte par petites étapes sournoises m'installe dans un sentiment étrange de respect.
Malgré la fragilité de l'existence, malgré mon corps tôt ou tard voué à un sort semblable, je sens naître une joie discrète. Moi, je vis et je peux encore lutter envers et contre tout. La chair qui vit ses ddernières heures, les yeux bien-)aimé qui vont bientôt se clore, l'espèce de sourir qui erre sur un visage déjà abandonné de toute force m'apprennent le respect. Le corps ne se réduit pas à un objet. Le sourire arraché au prix de grgands efforts provient d'un cœur déjà lointain qui jadis a accompagné mes peines et mes joies. Le malade qui marche trop tôt vers la mort me lègue en héritage une redoutable exigence : jouir de mon corps.

*

Un "légume" impose toujours à l'apprenti qui se lance dans l'étude du métier d'homme de prendre conscience de l'importance du corps, il invite à cesser d'en faire un objet de ggêne, ni de culte d'ailleurs. À une époque où, comme le prétend l'historien Antoine Prost : "Avoir honte de son corps serait avoir honte de soi-même", le "légume" reste un scandale pour la raison. Mais qui cotoie les corps blessés pressent que l'être humain est son corps, mais que son corps est autre chose que lui.
Non, l'amas de chair nauséabond, les membres raides et immobiles ne résument pas le malade. Non, l'individu ne se réduit pas à la somme de ses actes. Si le "légume" ne produit rien, s'il ne gagne rien, en est-il moins homme ? Juger, sans autre forme de procès, seulement à l'aune de l'efficacité immédiate ravale la plupart des êtres au rang de bons-à-rien."

79
"Merleau-Ponty [Phénoménologie de la perception, coll. "Tel", Gallimard, 1976] souligne l'empreinte que l'homme laisse sur le monde : où irais-je pour que mes oreilles puisssent se vider des rumeurs humaines ? Partout, on trouve sa trace : une bouteille vide, des rails de chemin de fer, tout rappelle l'omniprésence d el'autre, mon semblable. Semblable ? Encore et tooujours le paradoxe : l'autr est mon semblable. Pourtant, un gouffre nous sépare."

80
"Un poisson eut jadis la singulière idée de sortir des eaux primitives. On peut imaginer le regard que portèrent sur le prototype les autres poissons, conservateurs, pour qui l'eau confortable représentait la sécurisante et unique mer patrie... Le progrès vit donc le jour grâce à un poisson bien peu ordinaire, sorte extravagante de vilain petit canard des océans. Que penser de ces décpouvertes fortuites dues à l'exubérance de quelque original très souvent mis au ban de la société ? Il me plaît de songer que, avec son lot de douleurs, la différence engendre de sages inventions. Pour peu qu'on l'assumme, elle prend une valeur heuristique. Prendre en charge la marginalité, la considérer comme un terreau fécondcontre un conformisme réducteur, promouvoir la différence sans l'exacerber..."

84
"Le handicapé ouvre une porte sur la condition humaine. Lui qui, avec une intensité sans pareille, est contraint de soutenir les regards des autres montre au commun des mortels les plaies qui enveniment ses rapports à autrui. En plus de la pitié, il subit l'infantilisation : présente-toi en titubant dans un restaurant, et pour peu que tu affiches l'air absent que donnent des mouvements brusques, le tutoiement t'accueillera; c'est auprès de la personne qui t'accompagne qu'on s'enquerra du menu que tu as choisi; par de discrètes attentions, c'est bien elle qu'on félicitera de sa disponibilité ou de son dévouement, supposant sans doute qu'elle travaille dans le "social".
Semblable situation, répétée et répétée, sécrète la méfiance qui trop souvent enferme et rend suspect même le plus amical des tutoiements."

Je n'ai aucune raison de vivre, donc j'ai raison de vivre !
Vivre, c'est aimer ce paradoxe.

À la question « La vie vaut-elle la peine d'être vécue ? » je propose la question de remplacement suivante : « Quels arguments proposeriez-vous à l'enfant (pas encore conçu) pour qu'il accepte de naitre ? » et question annexe : « Pourquoi chez vous plutôt qu'ailleurs ? »

Camus a posé une question d'égoïste. Quand on est en vie autant la vivre et observer, éventuellement engueuler ses géniteurs et la société qui a laissé faire.

La bonne question non égoïste, altruiste et empathique, est: "La vie vaut-elle la peine d'être donnée?"

Je suis étudiante, j'ai 21 ans, et les questions abordées dans votre article m'occupent en ce moment très fortement. J'ai lu Camus, la majorité de ses œuvres (dont Le mythe de Sisyphe), et j'aurais aimé pouvoir discuter directement avec lui de ces choses qui l'ont préoccupé au cours de sa vie. Si ce souhait est difficilement réalisable, il m'est possible de chercher à entrer en contact avec des personnes ayant été touchés et/ou étant toujours touchés par les mêmes questions et plus, qui ont accordé une vraie place à ces questions dans leur vie.

Voilà, j'en suis arrivée au stade où je ne peux m'empêcher de savoir que je n'aurai jamais accès aux vérités absolues vers lesquelles je tends naturellement en tant qu'homme. Et que si je veux simplement faire abstraction de ce constat et vivre "normalement", j'entrerai sans recul dans le jeu du monde, faits de règles dont je suis incapable de donner l'origine, et qui détermineront mes actions, mes pensées... La construction de mon cerveau, le décor terrestre qui m'est imposé...etc formeront les murs contre lesquelles je rebondirai comme une balle et petit à petit, j'oublierai l'existence de ces murs. Sans me le dire explicitement et donc certes sans ressentir l'intense satisfaction de ceux qui peuvent se le dire explicitement, je me croirai maitre à bord. Alors oui c'est une alternative tentante, comme vous l'écrivez dans votre article: tout ça me dépasse, pourquoi me pourrir la vie et m'imposer l'inconfort de ne jamais oublier ? Est ce que ce n'est pas une vaine vengeance contre l'absurde que de dire "ahah dans ma tête, je n'oublie pas!"?
Mais dans votre article, vous suivez le cheminement de Camus et vous en venez à la réponse que Non ce n'est pas vain de ne jamais oublier. C'est par cette voie et peut être cette voie seule que ce gagne l'authentique joie d'exister.

Or, je ne peux m'empêcher de penser : "Mais est ce que l'homme ne s'arnaque pas lui même en réfléchissant ainsi - Ou s'en tire avec un tour de passe passe?". Le cerveau compliqué de l'homme ne se propose-t-il pas un marché avec lui-même qu'on pourrait transcrire en ces termes? : "Allez, j'suis sympa, si tu fournis un effort important, je te laisse profiter de la vie sans t'accabler de la culpabilité de ne pas être maitre de toi-même". Et Camus s'en sort comme ça. "En s’engageant à risquer sa vie pour la liberté, il lui donna un sens, la justifia, et ainsi trouva même la joie d’exister.". Qui lui a promis que s'il risquait sa vie, il la justifierait ? Personne évidemment, il s'est mis d'accord avec lui même sur les termes du contrat. Un homme pourrait tout aussi bien se dire "moi je décide que certes je ne suis et je ne serai jamais maitre de ma vie mais que l'orgueil de vouloir à tout prix ne pas l'oublier est vain. Et renoncer à ce dernier orgueil de l'homme non libre, c'est ma façon de rester fier. Donc j'ai le droit à la joie d'exister".

Mais je n'ai pas le courage d'aller au bout de ce pessimisme/nihilisme (d'en tirer toutes les conséquences) dont je fais preuve dans mon dernier paragraphe. Et je ne sais pas exactement pourquoi il se manifeste ainsi, ce pessimisme, qui veut détruire les dernières bouées de sauvetage que les hommes (ici Camus) ont trouvé.
Je décide de lui rabattre le caquet et de me donner les moyens d'essayer quelque chose avant de défaire par le raisonnement seul toute porte de sortie à ma situation.

J'en viens à la question que je voulais vous poser en lisant votre article. Et qui est plus portée à oser faire confiance aux portes de sortie : Comment dans votre vie se traduit cet enseignement du mythe de Sisyphe ? Sans guerre, sans grands défis à relever devant lesquelles affirmer sa part de liberté, comment se traduit pour vous le "vivre sans appel" de Camus ? (citation complète Ainsi ce que [l’homme conscient de l’absurde] exige de lui‑même, c’est de vivre seulement avec ce qu’il sait, de s’arranger de ce qui est et ne rien faire intervenir qui ne soit certain. On lui répond que rien ne l’est. Mais ceci du moins est une certitude. C’est avec elle qu’il a affaire : il veut savoir s’il est possible de vivre sans appel.) Pour ma part, je crois que cela se traduit pour l'instant principalement par le fait d'en parler autour de moi ou avec les personnes que je rencontre.

Que vous répondre ? Comme je le dis dans l'article, n'est pas héros qui veut : on peut prôner de belles postures sans les adopter pour autant. Les prôner, c'est déjà pas mal : je suis content de présenter quelques modèles édifiants, que j'essaie parfois d'imiter. Ils me donnent courage, envie de faire des efforts, raison d'espérer. Pour autant, il m'arrive de sombrer dans le confort de l'abandon de moi-même pour me laisser vivre... Heureusement j'ai des amis, des collègues, des lectures d'auteurs qui me rappellent à l'ordre, et me revoilà bientôt au garde-à-vous, pour penser ma vie et vivre ma pensée : je ne conçois pas un vie digne sans effort ! Mais est-ce que cela suffit à vous répondre ?

Faut quand même remettre le mythe dans son contexte, Sisyphe il pousse pas son rocher par volonté de coeur, c'est un supplice, le supplice de Sisyphe, puni par les dieux. Donc non, ce n'est pas "beau" en soi. Après la métaphore marche toujours, on a pas choisis de vivre, donc on est obliger de pousser notre rocher, jusqu'au jour ou on va préférer laisser le rocher nous rouler dessus. Et je crois que ce jour est arrivé. Et tout les autres derrière qui poussent aussi leurs rocher devraient faire pareil.

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier.
Stig DAGERMAN (1923-1954)

chabrieres.pagespersooran...

"Tombé" par hasard (?) sur votre site, il m'est venu à l'esprit l'idée suivante :
"Il faut imaginer Sisyphe en grève !" et pas forcément heureux !
Est-ce défendable ?

J'aime la vie c'est raison pour laquelle je commente cet artyicle. Je conseil a tous et a toutes de jouir, de vivre pleinement leur vie. Car la vie est plus importante que toute chose quelque soit sa nature.

Bonjour, je subis quotidiennement ces incessants questionnements sur l'absurdité de la vie. Rien ne me satisfait de ce fait, l'amour, l'amitié, manger, étudier, travailler, me blasent d'avance. Toute pointe d'enthousiasme meurt dans l'oeuf dès qu'elle est remis en perspective avec l'absurdité non pas de la vie en elle même mais de ce qu'on en a fait.

Pourtant, il m'arrive parfois de ressentir pleinement la félicité dans de rare moment de grâce. Ce peut être en visionnant un film, en lisant un livre, au détour d'une conversation. Ce que l'on pourrait qualifier d'échappatoire en quelque sorte. Pourtant c'est différent de cela. Pour ma part, je traque ces moments de grâce qui ne sont pas fréquent et je me suis laissé dire que la fin étant la même pour tout le monde, encore valait-il mieux vivre "son absurdité" de façon pleine et entière, chaque expérience ou inexpérience en découlant forgeant un vécu et un ressenti, qui, s'il ne demeurera probablement pas à notre mort, aura au moins eu le mérite d'exister.

Je ne sais pas si j'ai été très clair mais dans tout les cas, je ne pense pas que l'on puisse véritablement vivre sans éprouver ce sens de l'absurde au quotidien. On l'oublie parfois (rarement) mais il revient. Quelque part, ça ne donne que plus de valeur aux moments de grâce dont je parlais tout à l'heure (et je parle pas de religion, drogue ou autre).

A Cannane:

la lecture de Schopenhauer, celle de Francisco Varela, de Michel Bitbol (sans oublier une vidéo youtube concernant ces deux noms, très accessible et pas ch..... pour un sou),
ainsi que l'adhésion à un certain type de pensée bouddhiste, me semblent des options envisageables aussi, dans une optique de résignation au néant avec un minimum d'ennui et de désagréments préalables....

Ajouter un commentaire

Nouveau commentaire